Les finisseurs : une anatomie de la Barkley

Deux livres pour découvrir l’ultra-distance de l’intérieur

C’était en 2015. Je venais de découvrir, incrédule, que des courses de plus 100 kilomètres existaient, et surtout que des gens qui semblaient en pleine possession de leurs moyens intellectuels les couraient volontairement. J’avais trouvé par hasard, chez mon libraire, une étrange BD, sobrement intitulée Les terribles et merveilleuses raisons pour lesquelles je cours de longues distances. Dans ce bouquin génial, The Oatmeal, l’auteur, raconte sa part du démon, celle qui lui fait écrire : « Je cours parce que c’est le seul moyen de faire taire le monstre qui sommeille en moi ». Ou comment courir des ultra-marathons lui a permis de prendre ses distances avec la nourriture et les relations compliquées qu’il entretient avec elle.

À l’époque, je marchais beaucoup, mais j’étais à peine capable de courir 3 kilomètres. Et encore, à condition d’avoir le vent dans le dos. Surtout, je n’avais aucune envie de courir. Depuis, les choses ont changé. Parce que depuis, j’ai compris que courir, ce n’était pas seulement mettre un pied devant l’autre en soufflant très fort. C’est beaucoup plus. C’est un mécanisme qui implique autant le physique que le mental, et qui permet de porter sur soi un autre regard. Aujourd’hui, je souffle toujours très fort, mais je vais plus loin. Et avec satisfaction.

Voilà pourquoi, quand j’ai découvert, toujours en 2015, l’existence de la Barkley, j’ai tout de suite trouvé cette épreuve fascinante. Je ne parle pas seulement du folklore qui l’entoure et qui fait partie de son charme (5 « marathons » à boucler en moins de 60 heures dans les montagnes du Tennessee, sa création suite à une évasion de prison, une inscription en forme de condoléances, une cigarette allumée pour donner le départ, entre autres bizarreries), mais surtout de ceux qui réussissent l’exploit de la finir. Depuis sa création il y a 35 ans, seuls 15, oui, q.u.i.n.z.e, participants sur les centaines qui l’ont courue, ont eu la force physique et mentale pour la terminer dans les temps. Alexis Berg, pour les photos, et Aurélien Delfosse, pour les textes, ont eu l’excellente idée d’aller à la rencontre de ces mythiques finishers, et de celui sans qui cette course n’existerait pas : Lazarus Lake, alias Laz, alias Gary Cantrell. Le résultat est formidable : dans ce livre tout simplement baptisé Les finisseurs, paru aux éditions Mons, on croise, au fil des pages, une succession d’histoires fortes. On y puisera, au final, de quoi se motiver dans la vie de tous les jours : un peu comme les poêles en Téflon sont issues de la recherche spatiale, il y a matière à enrichir notre quotidien en lisant ces finisseurs, qui ont su se débrouiller seuls, avec juste leurs baskets et leur tête, sans aucun GPS ou téléphone, ni assistance ou ravito, au milieu d’une nature hostile et en pente pas franchement douce.  

« Une bonne course aide les coureurs à trouver quelque chose en eux-mêmes, c’est un défi, une incertitude, tout cela réuni. » explique Laz dans la préface qu’il a rédigée. Alors que la course a lieu au moment même où j’écris ces lignes tranquillement installée dans mon fauteuil, j’ai une pensée particulière pour Jared Campbell, qui participe pour la 5e fois à la Barkley, après l’avoir finie trois fois, avec une classe et une humilité incroyables. Une grande pensée aussi pour les femmes engagées cette année (Go Courtney! Go Maggy!), en espérant que l’une d’entre elle puisse, pour la première fois dans l’histoire de la course, décliner finisseur au féminin. 

Edit : pas de finisseuse cette année, mais pas de finisseur non plus. La Barkley a encore gagné.

Les finisseurs, Alexis Berg & Aurélien Delfosse, éditions Mons, 39 €
Les terribles et merveilleuses raisons pour lesquelles je cours de longues distances, The Oatmeal, Marabout, 14,95 €

Pause marine, la newsletter pour déconnecter

Pause marine, l’instant détox avec vue sur mer

En ces temps de télétravail et de confinement, nous avons rarement été aussi cernés par les écrans. L’hyperconnexion nous guette, et avec elle la déconnexion avec notre environnement. Il est temps d’inverser la tendance : s’éloigner, au moins temporairement, des écrans, et se rapprocher de la nature. Une reconnexion durable. C’est ce que propose Pause marine, une nouvelle newsletter : tous les vendredis, partez en week-end dès midi en longeant la mer, en découvrant des parcours sauvages, de la côte normande à la baie de Somme, avec une vue magique. De quoi entamer une détox numérique…

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À marche forcée

À marche forcée

Quand on arrive en ville

La marche gagne du terrain. Non pas tant parce que de nouveaux sentiers voient le jour — même si c’est le cas —, mais parce que les urbains ont découvert, ou redécouvert, les vertus de la marche à l’aune de la crise sanitaire. C’est du moins ce qui ressort de l’Observatoire des mobilités émergentes, que viennent de publier les cabinets de conseil ObSoCo et Chronos. Ainsi, 27% des 4 500 Français sondés en octobre dernier ont déclaré marcher plus régulièrement (contre 6 % y ayant moins recours, soit un solde positif de + 21 %), et 11% utilisent plus souvent leur vélo (contre 5% qui s’en servent moins). C’est le grand retour de la mobilité de proximité, du « près de chez soi », du local, qui s’explique d’abord par une volonté d’échapper aux transports en commun (qui affichent un solde d’évolution négatif de – 10%) étant donné le contexte sanitaire. Pourtant, la marche, qui peut ainsi apparaître comme un second choix, contraint et forcé, pourrait devenir un mode de déplacement de premier choix dans un futur proche. Basique, écolo, saine, et idéale sur les petites distances au quotidien, elle a tout pour perdurer. L’essayer, c’est l’adopter : 8,1 sondés sur 10 sont satisfaits d’avoir opté pour ce mode de déplacement en ville (soit autant que les automobilistes, 8/10, satisfaits de leur voiture, et moins que les cyclistes, 7,7/10). Surtout, quand on demande aux urbains sondés quel mode de déplacement au quotidien ils vont privilégier dans les années à venir, la marche arrive en tête (et à pied aussi, on l’espère). 

La marche en ville revêt cependant des aspects différents : dans les grandes villes, ou dans les centres-villes, qui prévoient des zones piétonnes, ou des trottoirs relativement larges, ou des rues adaptées, faire un pas devant l’autre est presque naturel. Mais passer le périphérique relève parfois de l’exploit pour le piéton. Et passé le périphérique, sans parler de la France périphérique, l’automobile retrouve souvent tous ses droits au détriment du piéton, faute d’aménagements.
« On sous-estime la marche, mais la marche constitue l’une des briques essentielles de la ville durable et multimodale », relevait Sonia Lavadinho, chercheuse, dans une interview au Monde en 2018. Ne serait-ce déjà que parce que la marche est indispensable pour sortir du métro ou d’un parking.
Cet engouement pour la marche, déjà amorcé depuis quelques années, et qui a notamment donné naissance à un néologisme — la marchabilité, ou l’étude du potentiel piétonnier des villes, née il y a une vingtaine d’années sous l’impulsion de chercheurs américains — a été amplifié par la crise sanitaire. La ville, terrain de jeu outdoor comme les autres ?